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Appel
Date limite de soumission : mardi 30 septembre 2025
Appel à communication pour un colloque autour de l’œuvre d’Ivan Illich à l’occasion du centenaire de sa naissance. Un siècle après sa naissance, recevoir la nouveauté intempestive d’Ivan Illich exige d’aller au-delà de sa patrimonialisation en contextualisant plus précisément les conditions de production et de diffusion de son oeuvre ainsi qu’en mettant sa pensée à l’épreuve de la critique, pour évaluer sa portée heuristique. Assidument lue et discutée dans les milieux écologistes décroissants depuis cinquante ans, l’œuvre d’Illich bénéficie depuis peu d’un intérêt renouvelé dans le monde académique (Sylvain Piron, Emilie Hache, Geneviève Pruvost, David Abram, Giorgio Agamben) dont ce colloque souhaite se faire l’écho.
Colloque organisé par Pierre-Louis Choquet, Institut de Recherche pour le Développement, ProdiG (UMR 8586), Émilie Hache, Université Paris Nanterre, « Sophiapol » (EA 3932) et Benoît Sibille, Institut Catholique de Paris, « Religion, Culture et Société » (EA 7403)
« Au long des années qui viennent, j’ai l’intention de travailler à un épilogue de l’âge industriel. » (La convivialité, 1973)
Ivan Illich (1926-2002), penseur critique de la société industrielle, enseignant nomade, théologien iconoclaste, reste aujourd’hui méconnu. Trop longtemps, sa réception française s’est limitée à ses « écrits pamphlétaires » qui, dans les années 1970, firent de lui un intellectuel incontournable des milieux contestataires. Alors que les grandes puissances – à l’Est comme à l’Ouest – se précipitaient sur les voies du développement, Ivan Illich opérait une mise en crise radicale de ce projet : école, hôpital, transport – l’arrivée d’une nouvelle forme de prospérité se traduisait par un dépossession généralisée des existences, et plus encore dans les pays du Sud. Ce constat, très provocant, a durablement organisé la perception d’Illich dans le paysage intellectuel – révolutionnaire conservateur pour les uns, technocritique visionnaire pour les autres – et a conduit à négliger la pertinence de son programme de travail : décrire et analyser la « topologie mentale » des sociétés modernes et l’ancrer dans la longue histoire de l’Occident. De la cinglante critique des institutions produite dans les années 1970 aux textes de maturité sur l’histoire du « genre vernaculaire » – et sans oublier ses premiers écrits sur l’Église –, Illich a minutieusement examiné les transformations anthropologiques induites par les bouleversements techniques. À l’arrière-plan de l’histoire des idées, il a pourtant été le point de rencontre de nombreux parcours intellectuels : sa pensée s’est élaborée en discussion amicale avec des figures aussi diverses qu’Erich Fromm (psychanalyse et théorie critique), Hannah Arendt (philosophie politique), Gustavo Gutiérrez (théologie de la libération), Enrique Dussel (pensées décoloniales), Claudia von Werlhof (écoféminisme), David Abram (anthropologie et écologie), Hugues de Saint-Victor (théologie médiévale), Michel Foucault (histoire des gouvernementalités), Barbara Duden (histoire des sciences), Paul Goodman (théorie anarchiste), Paulo Freire (éducation populaire), André Gorz (écologie décroissante), Thierry Paquot (philosophie) ou Susan Sontag (litterature et politique).
Un siècle après sa naissance, recevoir la nouveauté intempestive d’Ivan Illich exige d’aller au-delà de sa patrimonialisation en (i) contextualisant plus précisément les conditions de production et de diffusion de son oeuvre ainsi qu’en (ii) mettant sa pensée à l’épreuve de la critique, pour évaluer sa portée heuristique. Assidument lue et discutée dans les milieux écologistes décroissants depuis cinquante ans, l’œuvre d’Illich bénéficie depuis peu d’un intérêt renouvelé dans le monde académique (Sylvain Piron, Emilie Hache, Geneviève Pruvost, David Abram, Giorgio Agamben) dont ce colloque souhaite se faire l’écho.
Cet appel à communication se veut interdisciplinaire : il s’adresse tant à des historien·ne·s, des sociologues, géographes, qu’à des philosophes ou à des théologien·ne·s partageant un intérêt pour la pensée d’Ivan Illich. Les cinq axes que nous proposons ci-dessous permettent de circuler dans l’œuvre d’Illich et de faire entrer en résonance des hypothèses de lecture ainsi que contribuer à sa réception critique.
Axes :
1. Critique du développement, décroissance, subsistance. Alors que la paralysie des sociétés industrielles dans un système économique mortifère apparaît plus que jamais préoccupante, il importe de situer l’originalité et l’actualité de la pensée d’Illich sur l’anthropologie de la subsistance. Témoin précoce des apories du "développement" dans les pays du Sud global, il a contribué à faire émerger une nouvelle épistémologie critique, dont il importe au-jourd’hui de retracer la diffusion et la postérité - tant sur le plan des pratiques (alternatives décroissantes) que sur celui des idées (pensées post-coloniales et décoloniales).
2. Technique : de l’âge des outils à l’âge des systèmes. Questionnant le concept même d’« outil », Illich pose la question de la technique d’une manière originale, sans la dissocier d’une histoire large de la culture et des sensibilités. À distance de tout déterminisme, il s’intéresse aux effets de cadrage induits par l’usage des artefacts et à la contingence de leur cumulativité. Fin observateur du tournant cybernétique d’après-guerre, il considère que l’informatisation des sociétés marque une bascule dans une époque nouvelle, qui exige de corriger nos propres appareils critiques pour penser « l’âge des systèmes ».
3. Vernaculaire et genre. Réactivant un usage ancien de l’adjectif « vernaculaire », Illich a tenté d’exposer la dimension de l’expérience par laquelle nous « habitons », c’est-à-dire « engendrons les axiomes de notre espace ». Il note qu’un lieu important du déploiement de ce vernaculaire se situe dans les rapports de genre et propose une distinction entre « genre » et « sexe » faisant de ce dernier une invention de la société industrielle. Si la première réception de ces analyses d’Illich par les féministes fut houleuse, on redécouvre aujourd’hui la potentialité critique de ces concepts.
4. Théologie, Église, ascèse. Homme de foi, théologien médiéviste, prêtre, Illich a consacré sa vie – et de nombreux textes – à l’Église catholique. C’est en portant un regard incisif sur la décrépitude de l’institution ecclésiale qu’il façonne les outils de sa critique des institutions modernes ; et c’est spirituellement qu’il interprète l’époque industrielle comme une possibilité historique qui n’aurait pu avoir lieu sans la scandaleuse révélation chrétienne de l’incarnation de Dieu. L’ancrage de son œuvre dans des corpus théologiques donne une tonalité singulière à sa pensée critique, en l’articulant à une forme de politique de l’ascèse et de l’amitié.
5. La convivialité : inverser les institutions. La critique illichienne des institutions industrielles (école, santé, énergie, etc.) le conduit à produire des critères de discernement (seuils de productivité et de contre-productivité) permettant de faire apparaître la manière dont celles-ci transforment l’expérience sensible et façonnent la vie collective. Dans son projet d’« inverser les institutions », Illich ne prône cependant pas la désertion du monde moderne mais cherche à ouvrir des pistes pour expérimenter des inventions concrètes susceptibles d’amorcer un réoutillage convivial de la société permettant d’accroître l’autonomie et la créativité des individus.
Modalités de soumission
Les propositions de communication (d’environ 400 mots) doivent être accompagnées d’une brève biographie (150 mots maximum). Elles doivent être envoyées à pierre-louis.choquet chez ird.fr, ehache chez parisnanterre.fr et b.sibille chez icp.fr avant le 30/09/2025.
La durée des communications sera de 45 minutes, suivies de 15 minutes de discussion. Les organisateurs·trices invitent les chercheur·se·s, tant expérimenté·e·s que juniors, à soumettre des propositions pour ce colloque. Nous attachons une attention particulière à la diversité des profils des contributeurs·trices, en veillant à inclure des perspectives variées et équilibrées, notamment en ce qui concerne la parité femmes-hommes. L’objectif est de promouvoir un espace de réflexion académique inclusif et équitable, où toutes les voix, issues de différents niveaux de carrière et de diverses trajectoires académiques, pourront être entendues et échanger dans le respect mutuel.
La langue française sera privilégiée pour les interventions et les échanges. Par souci de convivialité, le colloque aura lieu en présentiel, mais pourra être suivi à distance par visio-conférence. Dans la mesure du possible, les frais d’hébergement et de transport des intervenant·e·s seront pris en charge – à l’exception des voyages en avion.
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